255 Views

Définitions :

SHOWY – avoir une apparence voyante, impressionnante, attirante, surprenante.
EFFICIENT – atteindre une productivité maximale avec un minimum d’efforts ou de dépenses d’énergie. 


Aujourd’hui, les arts martiaux sont un outil spécifique et efficace pour entrer en paix et en harmonie avec soi-même et le reste du monde. Cet outil comprend le développement physique, mentale et philosophique de la personnalité , et définit également certaines lignes directrices de vie. 
Il nous permet d’apprendre à nous connaître et de nouer des relations avec nous-mêmes et avec les autres, il nous apprend à surmonter les difficultés et à transformer les petits échecs en grandes victoires.

Cependant, il y a aussi un grand risque de perdre l’essence des arts martiaux en se concentrant sur de « belles formes de techniques » sans comprendre leur objectif. 
Trop souvent, j’entends des gens faire des commentaires comme « Kata magnifiquement exécuté », « Une très belle technique à voir », « Un coup de pied à couper le souffle », « L’air magnifique », etc. Nous pouvons entendre ce genre de commentaires non seulement de la part des spectateurs, qui ne sont tout simplement pas assez qualifiés pour juger autre chose que l’apparence, mais aussi des entraîneurs et des juges – des professionnels dans ce domaine, et cela m’inquiète. Il est important de comprendre que la beauté, tout comme le goût, est subjectif. « Aime – n’aime pas; beau – moche », ne devraient pas être des expressions utilisées par les professionnels pour commenter la façon dont les concurrents ou les étudiants exécutent des techniques.

Une expression moins subjective et basée davantage sur les expériences empiriques des pratiquants ainsi que sur les recherches de la science du sport contemporaine, nous permettrait de trouver plus de similitudes que de différences entre les autres arts martiaux et les sports. 
Je recommanderais d’utiliser les expressions « correcte » ou « incorrecte ».
Pour ma part, en tant que pratiquant de karaté traditionnel depuis près de 4 décennies et toujours à la recherche de réponses en science du sport, il devient de plus en plus évident que les pratiquants de haut niveau de n’importe quel sport utilisent les mêmes principes, aussi différentes que les formes extérieures puissent paraître.
De plus, peu importe les différentes méthodes qu’ils utilisent pour obtenir ces résultats, car il existe des milliers de méthodes et seulement quelques principes.
Lorsque vous connaissez le principe, vous serez toujours en mesure de trouver la bonne méthode pour le développer, mais en ne connaissant que des méthodes, il est très facile de s’y perdre et de commencer à les utiliser de manière inefficace.

Alors, correct ou incorrect ? Efficace ou inefficace ?
Ce devraient être les questions et les critères sur lesquels s’appuient les instructeurs, les juges et les pratiquants.
 Les arts martiaux du Budo ont toujours atteint une efficacité maximale.
 Et cette efficacité ne pouvait être garantie qu’en additionnant toutes les pièces du puzzle : biomécanique des techniques, préparation des systèmes fonctionnels, amélioration des caractéristiques physiques, état d’esprit de guerrier, être capable de garder son calme sous l’effet du stress, formation de solides compétences, préparation psychologique.
Tous ces composants sont d’égale importance et ils nous permettent de nous rapprocher de nos limites et de nos objectifs.
Pourquoi les arts martiaux du Budo se sont explicitement concentrés sur l’efficacité ?
Parce que le but original des arts martiaux était l’autodéfense, pas le sport, pas la santé, pas le divertissement – simplement survivre. Et survivre dans des conditions vraiment difficiles. C’est pourquoi les techniques efficaces nous sont parvenus jusqu’au 21e siècle alors que les non-efficaces ont disparu aux côtés des guerriers qui les utilisaient. L’efficacité des techniques a toujours été testée à l’aide de SHIAI, en apprenant de vos propres erreurs ou de celles de vos partenaires.

Dans le monde civilisé d’aujourd’hui, ce n’est pas aussi pertinent ou important, car notre sécurité est garantie par certaines lois et structures. Et c’est pourquoi un grand risque se présente : perdre l’essence des arts martiaux du Budo. 
A ce risque (perdre l’essence) les compétitions sportives y contribuent également. Puisqu’en sport tout ce qui compte c’est la victoire, les sportifs et leurs entraîneurs s’adaptent : ils travaillent avec seulement quelques techniques qui leur donnent le plus de points et qui sont esthétiques et pas forcément efficaces en dehors de la compétition.
Tout le monde y gagne. 
Les spectateurs bénéficient d’un événement plus attractif, les organisations sportives bénéficient d’un soutien financier plus important.

Cependant, de cette manière, les arts martiaux perdent leur identité, leur âme et surtout leur efficacité. Le Karaté-Do devient plus un SPORT qu’un ART martial. 

L’efficacité a toujours été au cœur des arts martiaux. La capacité pour une petite personne à vaincre une beaucoup plus grande, la possibilité de battre la force et la vitesse avec des compétences acquises – c’est ce qui a rendu les arts martiaux si populaires en tant que style de vie.

Je souhaite à tous les instructeurs de ne pas perdre leur chemin, de se rappeler constamment les origines des arts martiaux et, en les pratiquant toujours, de se poser une question POURQUOI ? Pourquoi devrions-nous faire une technique de cette manière et pas l’autre ? Et cette question doit trouver une réponse sous 4 angles différents : la biomécanique, la santé, l’efficacité et la philosophie. 
Si pour ce que nous faisons, nous pouvons justifier la raison sous tous ces angles, alors nous appliquons très probablement la technique correctement.

Et pour terminer, j’aimerais vous laisser avec ces mots :

« Tout ce qui est beau n’est pas correct, mais tout ce qui est correct est beau. »

Hidetaka Nishiyama – Senseï